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2015-12-04 18:54 作者: admin 来源:未知

Le Rêve dans le Pavillon Rouge, chef d’œuvre et classique de la littérature chinoise, a pour fil principal l’histoire d’amour qui relie Jia Baoyu, Lin Daiyu et Xue Baochai.

Les douze épingles de Jinling
Léa Chen


 
 
Le Rêve dans le Pavillon Rouge, chef d’œuvre et classique de la littérature chinoise, a pour fil principal l’histoire d’amour qui relie Jia Baoyu, Lin Daiyu et Xue Baochai. Il décrit la grandeur et la décadence de quatre grandes familles, en particulier celles du clan Jia. Dans le cinquième récit, Jia Baoyu voyage en rêve dans le monde des illusions et tombe sur le Registre Illustré des Douze Epingles de Jinling. Les poésies et chants prophétiques que relate l’ouvrage lui révèlent alors le destin des principales figures féminines du roman.
 
Jinling est l’ancienne appellation de la ville de Nankin, situé dans la province chinoise du Jiangsu. Quant aux épingles, ce sont des ornements de cheveux qui étaient couramment portés par les femmes des temps anciens. En chinois, cette image est également utilisée pour désigner des femmes et le sens de l’expression « Douze épingles de Jinling » désigne les douze femmes les plus belles de la ville de Jinling (NdT : d’où sont originaires les Jia)
 
Parmi ces douze épingles, Lin Daiyu et Xue Baochai se disputent la première place. Après elles, vient Yuanchun, la sœur aînée de Baoyu. Suivent ensuite ses sœurs cadettes et ses cousines. Yuanchun, modèle de piété filiale et parangon de vertu, est aussi talentueuse que diligente : elle sera promue Concubine Impériale de la Sagesse Vertueuse. Sa venue, lors d’une visite à ses parents, pousse la famille Jia à construire en son honneur la somptueuse Résidence des Retrouvailles Familiales. Si Yuanchun a couvert de gloire les  Jia et leur a permis l’accession à un statut social prestigieux, elle est, pour sa part, très malheureuse. Lors de sa visite, elle pleure à plusieurs reprises, décrivant la cour comme un endroit « finalement sans âme » et  « contraignant à l’isolement. » Après cette venue, Yuanchun ne retrouva plus jamais l’occasion de quitter le palais impérial et finira emportée par la maladie. Sa mort signera le début du déclin du clan Jia.
 
Depuis plus de deux siècles, les Douze Epingles de Jinling, leurs personnalités, leurs malheurs et leurs fins, sont le sujet d’éternels débats parmi les Chinois. Les douze jeunes filles sont le sujet fréquents de pièce de théâtres et un sujet d’inspiration de choix pour les peintres. Lorsqu’ils les représentent, les artistes choisissent souvent les scènes du roman les plus emblématiques pour chacune d’entre elles, comme l’Enterrement Floral de Daiyu ou la Chasse aux Papillons de Baochai. Pourtant, sous le pinceau de Luo Hanlei, les douze épingles se démarquent d’une façon singulière. Celle-ci a en effet choisi de peindre la scène de la visite de Yuanchun, lorsque celle-ci reçoit ses parents éloignés. L’artiste a réalisé un portrait groupé des douze héroïnes.
 
A l’image, Yuanchun siège avec dignité au centre de la peinture, presque comme un accessoire de théâtre : si elle est vêtue d’atours somptueux, elle ne laisse paraître aucun des sentiments qui animent son cœur. Un candélabre dressé fait office de paravent entre elle et trois de ses cousines éloignées : Xiangyun, trop jeune, semble incapable de se tenir en présence du monde, son regard semble fureter partout. Ce comportement puéril tranche avec celui de Daiyu et de Baochai : la première exprime une grande timidité, délicate et touchante, la seconde salue avec une majesté qui met en avant son maintien naturel et distingué.
 
A gauche, les trois filles sont les jeunes demoiselles de la famille Jia : Tanchun est sa demi-sœur cadette, issue de l’union de son père et d’une concubine, quant à Yingchun et Xichun, ce sont ses cousines germaines. Si l’on combine le prénom des quatre filles Jia (Yuan-Ying-Tan-Xi) on obtient la phrase « Dès l’origine, devrait soupirer ». Il s’agit de l’un des nombreux sens cachés dont Cao Xueqin a parsemé son ouvrage.
La dernière fillette est Qiaojie, la fille de Wang Xifeng : malgré son jeune âge, elle est la descendante des familles Jia et Wang. Ses origines respectables lui donnent le droit de siéger parmi les douze beautés.
 
A droite de Yuanchun, se tient Wang Xifeng, l’honorable fille du clan Wang, l’une des quatre grandes familles du récit. Unie à la famille Jia, c’est une jeune femme pleine de ressources, dotée d’un caractère mordant. Même si elle n’est qu’une simple belle-fille, elle est, en réalité, la véritable régente de la maison Jia. A ses côtés, on aperçoit Li Wan, l’épouse de Jia Zhu, le frère aîné de Baoyu, mort prématurément. Après le décès de son mari, la veuve Li mène une existence détachée. Elle met tout son cœur à l’éducation de son fils, dans l’espoir qu’il réussisse. Sur la peinture, elle exprime le respect, mais également la distance que pourrait avoir une personne extérieure.
 
Sur les rebords droits du tableau, on aperçoit Qin Keqing, un personnage qui est en réalité déjà morte lorsque Yuanchun rend visite aux siens, ainsi que Miaoyu qui a quitté la famille pour se consacrer aux études religieuses. Elle se tient debout, au bord de l’image et regarde calmement cette scène terrestre. Sous les lumières étincelantes, les retrouvailles des parents sont partagées entre l’affection et la réserve des protagonistes. Cette apparente prospérité florissante, baignée d’une clarté glorieuse, semble se terminer par le crin d’époussette que tient Miaoyu.
 
Si Luo Hanlei a choisi d’utiliser la technique traditionnelle chinoise dite du Bai Miao (le dessin en trait), pour représenter les Douze Epingles de Jinling, c’est que, selon elle, ce style est une recherche absolue de l’esthétisme. Outre cette mise en scène, qui dépeint la personnalité de chacune d’elles, c’est plus encore sur l’esthétique des formes et sur l’abstraction que l’artiste se concentre. Elle ne s’appuie sur aucune couleur, fioriture ou détail minutieux, mais sur de simples traits. La version des Douze Epingles de Luo Hanlei est épurée, elle se distingue de la moyenne en s’élevant au-delà des considérations terrestres, se faisant l’écho des paroles de Baoyu : « Le corps des femmes est fait d’eau et celui des hommes de boue. Lorsque je croise l’une d’entre elles, je me sens purifié mais lorsque je vois un homme, ses relents nauséabonds m’oppressent. » La technique du Bai Miao est uniquement constituée de simples traits.
 
Même si le Rêve dans la Pavillon Rouge regorge de scènes louant une jeunesse fleurie, l’ouvrage laisse, aux yeux de Luo Hanlei, un sentiment de froideur et d’obscurité. Ce n’est qu’après que le lecteur a assisté à toutes les floraisons et à leur fin, que tout prend finalement sens. Comme dans le Chant du Rêve dans le Pavillon Rouge que fredonnent les Douze Epingles le révèle : 
« Celui qui détient titres et fonctions verra son patrimoine se flétrir,
Celui qui vit dans l’opulence sentira or et argent se tarir
Celui qui a bien agit échappera au trépas,
Celui qui s’est montré sans pitié sa juste peine recevra,
Celui qui doit la vie, la paiera du même prix,
Celui qui doit des pleurs, sanglotera jusqu’à la dernière larme. 
 
On cherche sans cesse la vengeance et les choses vont de mal en pis,
Séparation et retrouvailles par le Destin sont déjà définies,
Il faut interroger sa vie antérieure, pour prendre connaissance de sa courte existence, ,
Avoir  atteint la richesse, une fois atteint un âge avancé, quelle chance !
Celui qui a percé à jour la vanité de l’esprit humain, se retirera sur le chemin du Vide
Celui qui reste en proie à ses obsessions, aura gaspillé sa vie en vain,
Comme les oiseaux retournent dans les bois, une fois la nourriture épuisée,
Laissant derrière eux une plaine nue et immaculée. »
 
 
Luo Hanlei : Peintre des Instituts des Beaux-arts de Guangzhou, maître de peinture de premier rang. Elle a obtenu en 2009 et 2011 les médailles d’or à l’Exposition Jinling, Peinture Figurative de Chine. 
 
 
 
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